大江 健三郎 / Kenzaburō Ōe

Kenzaburō Ōe est un écrivain japoanis né le 31 Janvier 1935 à Uchiko (内子町) dans la préfecture de Ehime sur l’île de Shikoku. Il a lui aussi reçu le prix Nobel de littérature en 1994.

En plus d’être un auteur majeur, il est un fervent défenseur du pacifisme et de la démocratie. C’est un écrivain marqué par le sort de son pays et son oeuvre s’en ressent fortement. Dans les années 60 il devient père et son fils Hikari est autiste. Ce choc lui fera écrire « Une affaire personnelle » (個人的な体験) dont le héros est le père d’un enfant handicapé mental. Il écrira aussi « Notes d’Hiroshima » (ヒロシマ・ノート) qui ne relate pas le bombardement en lui-même mais la situation 20 ans plus tard lors d’un voyage de l’auteur dans la ville à l’occasion de la commémoration du 6 Aout.

 

Alors je ne suis pas un spécialiste de la littérature et encore moins de Kenzaburō Ōe, encore un auteur que je ne connais que très peu, d’abord parce qu’en général les auteurs japonais sont très peu traduits (en dehors évidemment de Mishima, Murakami Haruki) et ensuite parce que bien que majeur, ce n’est pas un auteur classique. Il n’est pas mort et c’est bizarre mais lors de mes études à la fac on m’a refilé à lire du Mishima en veux-tu-en-voilà, du Yoshikawa, du Soseki ou encore du Nosaka donc des types très facilement classables dans des mouvances littéraires très claires et très peu critiques de la société nippone actuelle ou alors critique mais il y a longtemps.

 

Bon ça se comprend, Ōe c’est le gars qui écrit du lourd, les sujets sont difficiles et il pose des questions qui fâchent et sur des sujets très actuels. Par exemple il a écrit à Jacques Chirac en 1995 à propos des essais nucléaires de Mururoa pour lui dire sa façon de penser hein, ou encore un article dans l’Asahi Shimbun sur la catastrophe de Fukushima la veille de celle-ci voyez, donc on file pas ça à lire à un étudiant en japonais, il a déjà trop de mal avec la langue et la richesse de cette culture pour lui filer des trucs aussi épuisants. D’ailleurs à l’époque de mes études, où je fis sa découverte, je n’ai pas « aimé » justement, j’avais trop besoin de mes illusions sur ce pays de mes rêves que je n’ai pas supporté « Notes d’Hiroshima » au point de ne pas le finir. Je m’étais cru blindé car je venais de terminer « La tombe des Lucioles » de Nosaka, mais la différence était que bien que difficile ce roman parle néanmoins du passé et d’un passé où le Japon est la victime et ça c’est très important car ça permettait de supporter le drame son horreur. À l’époque j’étais ignorant et bien sûr je fus bouleversé, mais conforté dans mon opinion,  alors que « Notes d’Hiroshima » lui, venait briser cette image romantique avec une réalité infiniment plus insupportable : le Japon n’était pas que victime il était aussi bourreau ! Et ça je n’étais pas prêt à l’entendre ni à l’accepter.

 

Alors effectivement il faut être préparé avant de lire du Ōe parce que ça brasse sévère. On est dans le questionnement interne, le constat de la fragilité de l’être humain à travers de poignantes descriptions que ce soit pour des portraits ou des rapports de force, c’est tourmenté, c’est subversif donc mais c’est aussi libérateur. C’est agréable de lire un type qui sort du moule et qui dépasse, quelqu’un qui montre vraiment les choses dans une société où il est de mise de fermer les yeux pour ne voir que le beau. En ce sens il est un peu à l’opposé de Kawabata (je veux dire qu’il n’est pas esthète lui). Ce type c’est le caillou dans la chaussure d’un pays où « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ».

 

C’est un auteur qui visite et qui montre les côtés les plus sombres de la société japonaise, sans fard, donc avec lui il ne faut pas s’attendre à faire une joli balade dans le Japon des cartes postales.

 

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